Je me rappelle qu'au début de mes études de mathématiques, parfois une simple question de formalisme pouvait me poser des problèmes. Par exemple, j'avais du mal à jongler entre différents points de vue d'une notion a priori simple comme celle d'application. Voici quelques lignes qui pourraient sembler bêtes aux initiés, mais comme les livres expliquent rarement ce genre de choses en détail elles peuvent être utiles à ceux qui y sont confrontés pour la première fois et notamment aux élèves et étudiants d'aujourd'hui qui, lors de leur parcours scolaire, ne rencontrent plus assez de théorie des ensembles.
Considérons une application (synonyme de fonction) d'un ensemble X dans un ensemble Y.

(Désolé, la deuxième flèche devrait commencer par un pied mais mon plug-in LaTeX ne le permet pas.)
Si vous venez de passer le bac, vous avez déjà une notion intuitive de ce que c'est une application. Mais les mathématiciens possèdent plusieurs autres points de vue pour concevoir cet objet et chacun a sa raison d'être.
- Point de vue
y en fonction de x
.
C'est le point de vue habituellement enseigné au collège et au lycée. On conçoit x comme variable et y comme l'image qui change en fonction de x.
Le schéma mental est le suivant.

L'ensemble de départ X est représenté horizontalement, l'ensemble d'arrivée Y est représenté verticalement.
La donnée de l'application f revient à la donnée de son graphe
constitué des couples (x,f(x)), où x parcourt X.
En disant x parcourt X
, on adopte donc bien l'idée que la variable est x.
- Point de vue
collection d'éléments de Y
.
On peut aussi écrire l'application f en forme de famille
. On oublie donc de spécifier l'ensemble d'arrivée Y.
En général, une famille
dans Y n'est rien d'autre qu'une application

où l'ensemble de départ J est appellé l'ensemble d'indices ; très souvent il n'a pas d'importance et peut être remplacé par un autre ensemble de même cardinal. Ce qui compte dans ce point de vue c'est simplement la collection des images de l'application.
Dans certaines situations un bon choix de l'ensemble d'indices peut raccourcir les écritures. Par exemple, si
est une base d'un K-espace vectoriel E, alors tout vecteur v de E se décompose comme combinaison linéaire

où
est une famille de scalaires presque tous nuls (c'est-à-dire l'application
est nulle sauf en un nombre fini de points ; cela est nécessaire pour pouvoir prendre la somme). Mais si on conçoit la base non comme une famille de vecteurs mais comme un sous-ensemble B de l'espace E, alors on peut la prendre elle-même comme ensemble d'indices et écrire simplement

- Point de vue
les fibres en fonction de y
.
Pour chaque y dans Y on appelle fibre de f en y (ou ensemble de niveau y) l'ensemble de tous les antécédents de y, noté
Connaître une application revient à connaître la collection de ses fibres. C'est donc y qu'on considére comme variable. On s'aide du schéma mental suivant.

L'espace de départ est projeté
sur l'espace d'arrivée.
L'application est injective (resp. surjective resp. bijective) si et seulement si chaque fibre possède au plus (resp. au moins resp. précisément) un élément.
Une conséquence naturelle du point de vue des fibres est la
factorisation canonique, que nous allons expliquer ci-dessus et dont la quintessence se résume ainsi :
L'ensemble des fibres non-vides d'une application est une partition de l'ensemble de départ et a le même cardinal que l'image de l'application.
Factorisation canonique
Nous nous proposons de montrer que toute application est la composée d'une surjection, d'une bijection et d'une injection. Soit donc
f une application de
X vers
Y.
On considère son image

et
l'espace des fibres

Ainsi l'espace des fibres est le quotient de
X par la relation d'équivalence ~ qui est définie par
x ~ x' si et seulement si
f(
x) =
f(
x'). Il est clair que

et

sont en bijection. Plus précisément il existe une surjection

, une bijection

et une injection

tel que le diagramme suivant commute.

En effet, il suffit de prendre pour

la projection canonique sur le quotient
X/~, c'est-à-dire l'application qui à chaque
x dans
X associe la fibre de
f en
f(
x) ; puis pour
j l'injection naturelle, et enfin pour

l'application qui envoie une fibre sur l'unique élément dans
Y qui est son image par
f. Il est alors évident que
f est la composée
.
Un avant-goût de la suite
Concevoir une application comme la collection de ses fibres est très fréquent en topologie, géométrie algébriques et théorie des singularités. On fait varier un point dans l'espace d'arrivée pour observer, dans l'espace de départ, la manière dont varie la fibre au-dessus de ce point. Un exemple très basique est l'application

où
a,b,c sont des réels fixés non tous nuls.
La collection des fibres est constituée de plans parallèles. Il s'agit donc d'un
feuilletage de l'espace

par plans (comme un feuilleté). Les fibres se ressemblent toutes ; on a même ce qu'on appelle une
fibration globalement triviale.
Plus généralement, si f est une fonction différentiable et si on fait varier le point dans l'espace d'arrivée sans toucher les valeurs critiques, alors localement les fibres se ressemblent toutes (fibration localement triviale).
En revanche, si on passe par une valeur critique alors la nature des fibres peut changer. Par exemple si on traverse la valeur critique 0 de l'application

dans le sens décroissant, alors la fibre est d'abord un cercle, puis dégénère en un point et, enfin, devient vide une catastrophe a lieu au sens de la théorie des catastrophes de René Thom.
Tout ça devient plus intéressant dans le complexe. Les fibres de

sont des surfaces réelles (courbes complexes ou surfaces de Riemann). Et au lieu de traverser la valeur critique 0, on peut la contourner avec un petit lacet dans le plan complexe et observer la déformation de cette surface le long du lacet. Evidemment à la fin on retrouve la même surface qu'au début du lacet, mais lors du trajet certaines caractéristiques se sont déplacés continûment et ont échangés leurs places... (monodromie).
Commentaires
1. Le samedi 26 juin 2010 à 10:49, par MathOMan
2. Le dimanche 27 juin 2010 à 18:48, par JLT
3. Le dimanche 27 juin 2010 à 19:03, par JLT
4. Le lundi 28 juin 2010 à 14:06, par MathOMan
5. Le lundi 28 juin 2010 à 14:12, par MathOMan
6. Le lundi 28 juin 2010 à 14:20, par MathOMan
7. Le lundi 28 juin 2010 à 14:26, par MathOMan
8. Le mardi 29 juin 2010 à 12:42, par JLT
9. Le mercredi 30 juin 2010 à 10:11, par MathOMan
10. Le mercredi 30 juin 2010 à 15:10, par JL
11. Le jeudi 1 juillet 2010 à 00:22, par PB
12. Le jeudi 1 juillet 2010 à 12:59, par Fabien Besnard
13. Le jeudi 1 juillet 2010 à 14:35, par MathOMan
14. Le jeudi 1 juillet 2010 à 17:06, par MathOMan
15. Le jeudi 1 juillet 2010 à 17:06, par MathOMan
16. Le jeudi 1 juillet 2010 à 17:33, par JLT
17. Le jeudi 1 juillet 2010 à 18:07, par JLT
18. Le jeudi 1 juillet 2010 à 18:59, par JLT
19. Le vendredi 2 juillet 2010 à 09:09, par JLT
20. Le samedi 3 juillet 2010 à 09:40, par JLT
21. Le dimanche 4 juillet 2010 à 09:36, par JLT
22. Le dimanche 4 juillet 2010 à 17:49, par JLT
23. Le dimanche 4 juillet 2010 à 18:08, par JLT
24. Le dimanche 4 juillet 2010 à 18:15, par JLT
25. Le dimanche 4 juillet 2010 à 18:48, par JLT
26. Le lundi 5 juillet 2010 à 09:48, par JLT
27. Le lundi 5 juillet 2010 à 10:41, par JLT
28. Le mardi 6 juillet 2010 à 08:32, par JLT
29. Le mardi 6 juillet 2010 à 19:27, par JLT
30. Le mardi 6 juillet 2010 à 19:30, par JLT
31. Le mardi 6 juillet 2010 à 20:23, par JLT
32. Le mardi 6 juillet 2010 à 20:36, par JLT
33. Le mercredi 7 juillet 2010 à 20:03, par JLT
34. Le mercredi 7 juillet 2010 à 22:17, par JLT
35. Le jeudi 8 juillet 2010 à 19:04, par JLT
36. Le jeudi 8 juillet 2010 à 19:28, par JLT
37. Le vendredi 9 juillet 2010 à 16:27, par JLT
38. Le samedi 10 juillet 2010 à 22:15, par JLT
39. Le samedi 10 juillet 2010 à 22:33, par MathOMan
40. Le dimanche 11 juillet 2010 à 12:19, par JLT
41. Le dimanche 11 juillet 2010 à 14:19, par JLT
42. Le dimanche 11 juillet 2010 à 14:52, par JLT
43. Le dimanche 11 juillet 2010 à 15:32, par JLT
44. Le dimanche 11 juillet 2010 à 21:13, par JLT
45. Le dimanche 11 juillet 2010 à 22:04, par JLT
46. Le dimanche 11 juillet 2010 à 22:17, par JLT
47. Le dimanche 11 juillet 2010 à 22:51, par JLT
48. Le lundi 12 juillet 2010 à 13:43, par JLT
49. Le lundi 12 juillet 2010 à 18:45, par JLT
50. Le lundi 12 juillet 2010 à 19:08, par JLT
51. Le lundi 12 juillet 2010 à 19:18, par JLT
52. Le mardi 13 juillet 2010 à 21:54, par JLT
53. Le mercredi 14 juillet 2010 à 11:45, par JLT
54. Le mercredi 14 juillet 2010 à 11:59, par JLT
55. Le mercredi 14 juillet 2010 à 12:31, par JLT
56. Le jeudi 15 juillet 2010 à 10:03, par JLT
57. Le jeudi 15 juillet 2010 à 11:29, par JLT
58. Le jeudi 15 juillet 2010 à 18:47, par JLT
59. Le vendredi 16 juillet 2010 à 14:43, par JLT
60. Le vendredi 16 juillet 2010 à 15:02, par JLT
61. Le vendredi 16 juillet 2010 à 15:09, par JLT
62. Le vendredi 16 juillet 2010 à 15:53, par JLT
63. Le vendredi 16 juillet 2010 à 21:05, par JLT
64. Le samedi 17 juillet 2010 à 10:03, par JLT
65. Le samedi 17 juillet 2010 à 15:39, par JLT
66. Le samedi 17 juillet 2010 à 17:30, par JLT
67. Le samedi 17 juillet 2010 à 17:58, par JLT
68. Le samedi 17 juillet 2010 à 18:45, par JLT
69. Le samedi 17 juillet 2010 à 22:00, par JLT
70. Le samedi 17 juillet 2010 à 22:53, par JLT
71. Le lundi 27 décembre 2010 à 18:43, par MathOMan
72. Le mardi 28 décembre 2010 à 11:53, par JLT
73. Le mardi 28 décembre 2010 à 14:30, par JLT
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75. Le mercredi 29 décembre 2010 à 09:33, par JLT
76. Le vendredi 7 janvier 2011 à 15:16, par MathOMan
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