Question autour d'une singularité essentielle et le théorème de Picard
Par Mathoman, jeudi 18 septembre 2008 à 17:18 - Conjecture - Tags
A la fin de mon article Hyperelliptic action integral, Annales de l'institut Fourier 49(1), p. 303–331, j'ose la conjecture suivante:
Une conjecture autour d'une singularité.
Soit D le disque unité du plan complexe etun recouvrement du disque épointé D*= D\{0} par des ouverts. Sur chaque ouvert
soit
une fonction holomorphe injective telle que
sur toutes les intersections
. Alors ces différentielles se recollent en une 1-forme méromorphe sur D.
Il est clair que la 1-forme est holomorphe sur D*. Si son résidu est nul, alors la conjecture découle facilement du grand théorème de Picard, cité ci-dessous. Mais si le résidu est non-nul, je ne sais pas la démontrer.
Toute preuve ou tout contre-exemple sont les bienvenus à vrai dire les contre-exemples un peu moins car je crois (guidé par mon intuition géométrique des surfaces de Riemann) que cette conjecture est vraie...
En 1880 Charles Emile Picard (1856-1941) prouva le théorème suivant.
Grand théorème de Picard.
Une fonction holomorphe ayant une singularité essentielle prend, sur tout voisinage de cette singularité, tout nombre complexe une infinité de fois comme valeur, sauf peut-être un.
Exemple typique pour le théorème de Picard
La fonction définie par
est holomorphe sur
et possède une singularité essentielle en
. L'image de f épargne-t-il une valeur (Picard dit "sauf peut-être un")? Oui, et comme
pour tout
, cette valeur épargnée est forcément zéro; le théorème affirme alors que pour tout nombre complexe
et pour tout
il existe une infinité de nombres complexes
tels que
et
.Calcul direct avec cet exemple
Dans l'exemple ci-dessus on peut se debrouiller par un calcul direct sans invoquer le théorème de Picard. En effet, fixons un nombre complexe non-nul
et un
Il existe alors deux réels
et
tels que
Pour tout
posons
et
Alors
.Ainsi on a on a

Par conséquence, en prenant
assez grand, on voit que
possède une infinité d'antécédents dans le disque épointé
.Un exemple moins évident
Notons P l'ensemble des nombres premiers et considérons la fonction définie par
.On peut appliquer le théorème de Picard, car il y a une singularité essentielle à l'origine.
En revanche, il me semble impossible de faire un calcul explicite...
Pourquoi ne pas lire aussi :
Mieux comprendre la topologie des matrices singulières
Par Mathoman - Tags
Mon billet récent sur la dimension maximale d'un sous-espace affine contenu dans l'ensemble des matrices non-inversibles m'a inspiré les réflexions suivantes, une sorte de version différentiable de ce résultat.
On note
l'espace des matrices n x n à coefficients réels et
le sous-ensemble des matrices inversibles. On sait que
est un ouvert dans
. En effet c'est l'image réciproque de l'ouvert
par l'application continue déterminant
On peut même dire un peu plus : le déterminant étant polynômial en
le complémentaire des matrices inversibles, c'est-à-dire l'ensemble des matrices de déterminant nul,
est une hypersurface algébrique. Géométriquement parlé
est un fermé de
qui ressemble localement à un hyperplan (c'est-à-dire à un sous-espace affine de dimension n²-1). Enfin, cela est vrai en presque tous les points, ceux où la différentielle du déterminant ne s'annulle pas (points réguliers
). En revanche, en les points où la différentielle du déterminant est nulle (points singuliers
), l'hypersurface
ne ressemble plus à un sous-espace affine. Il peut y avoir un croisement comme par exemple
(Pour plus d'images de surfaces algébriques visitez le la galerie de Herwig Hauser.)
Il est évident que la différentielle du déterminant est nulle à l'origine. Donc notre hypersurface
possède une singularité à l'origine.
Le résultat suivant dit qu'il s'agit d'une singularité de type rétrécissement, car l'hypersurface de dimension n²-1 y perd quelques dimensions il y reste juste assez de place pour n²-n dimensions...
Proposition :
Le nombre n²-n est la plus grande dimension possible d'une sous-variété différentiable F deDémonstration :telle que
![]()
- L'ensemble des matrices dont la première ligne est nulle est un sous-espace vectoriel (et donc en particulier une sous-variété différentielle) de dimension n²-n. Evidemment il contient l'origine 0 et est contenu dans
. - Soit F une sous-variété de
de dimension n²-n+1 et telle que
.
Nous allons prouver que F contient une matrice inversible.
Au voisinage de l'origine la sous-variété F est décrite par un système de n-1 équations
tel que les différentielles
sont linéairement indépendantes à l'origine.
On résoud ce système par le théorème des fonctions implicites, c'est-à-dire on peut isoler (théorétiquement) n-1 des coordonnées et les exprimer par les autres. On a ainsi, toujours au voisiange de l'origine,
n²-n+1 coordonnées variables et n-1 coordonnées isolées (fonctions différentiables des coordonnées variables).
Maintenant je peux poursuivre mon raisonnement de la preuve du cas affine : par des permutations de lignes et de colonnes je m'arrange à ce que les coordonnées isolées soient toutes au-dessus de la diagonale matricielle ; puis je prends les coordonnées sur la diagonale toutes égales à un nombre
non-nul et proche de 0 et les autres coordonnées variables égales à 0. Ainsi j'obtiens une matrice inversible qui est dans F.

un recouvrement du disque épointé D*= D\{0} par des ouverts. Sur chaque ouvert
soit
une fonction holomorphe injective telle que
sur toutes les intersections
. Alors ces différentielles se recollent en une 1-forme méromorphe sur D.

telle que