Racines des polynômes unitaires
Par Mathoman, mardi 23 février 2010 à 15:05 - Exo, enigme, casse-tête - Tags
Un polynôme est unitaire (ou normalisé) si le coefficient de son terme de plus haut degré est 1. Voici un exercice instructif sur les polynômes unitaires.
Soient a et b deux nombres complexes distincts et P et Q des polynômes unitaires dans
[X].
- Si l'ensemble des nombres complexes où P prend la valeur a est identique à celui où Q prend la valeur a et si P et Q sont de même degré, peut-on en déduire que P=Q ?
- Si l'ensemble des nombres complexes où P prend la valeur a est identique à celui où Q prend la valeur a et si on a la propriété similaire pour b, peut-on en déduire que P=Q ?
Pourquoi ne pas lire aussi :
Forme générale d'une formule
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avec
est un polynôme rationnel en n de degré p+1.Lieu discriminant
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Mon dernier billet où on parlait de racines multiples de polynômes m'a rappelé quelques souvenirs de notions que j'avais apprises pendant ma maîtrise.
Le résultant de deux polynômes
Considérons deux polynômes


La proposition suivante est la raison d'être du résultant.
Proposition. On a R(P,Q)=0 si et seulement si P et Q possèdent un diviseur commun non-constant.
Le discriminant d'un polynôme
Dans le cas où Q est la dérivée de P le résultant porte un nom particulier : on appelle R(P,P') le discriminant de P. La proposition ci-dessus implique le corollaire ci-dessous.
Corollaire. Un polynôme complexe admet une racine multiple si et seulement si son discriminant est nul.
Testons au moins la véracité de ce corollaire sur les polynômes de second degré (que les profs de lycée appellent trinômes) !


Nous retrouvons ainsi le fait, connu par tout lycéen en classe première S, que le polynôme de second degré aX²+bX+c possède une racine double si et seulement si b²-4ac=0.
Groupe fondamental du complémentaire du lieu discriminant
Maintenant revenons au niveau maîtrise (des nos jours master ou encore magistère...) pour poser les deux questions suivantes. Dans l'espace
on appelle lieu discriminant le sous-ensemble
formé des
tels que le polynôme

- Montrer que
est connexe par arcs. - Quel est le groupe fondamental de
? Le décrire par générateurs et relations.
Les réponses sont plutôt faciles ; pour la deuxième question, pas la peine de tout formaliser, le handwaving suffit car dans cet exemple le formalisme ne donne rien en valeur ajoutée...
Encore un pari de bière pression
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Les photos de mon précédent billet sur l'estimation de la circonférence m'ont fait penser à un autre pari que vous pouvez très probablement gagner. Posez à vos amis la question suivante :
On dispose de deux verres, l'un contient de la bière et l'autre la même quantité de vin. On prend une culliérée de bière et on la met dans le vin ; puis on refait l'inverse, c'est-à-dire on prend une culliérée de ce mélange vin-bière et on le remet dans le verre contenant la bière. Maintenant la bière est polluée par un peu de vin et, dans l'autre verre, le vin est pollué par un peu de bière. Où est-ce que la pollution est plus forte, dans le verre à bière ou dans le verre à vin ?
Question sur les groupes topologiques
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Un groupe topologique est un ensemble G munie d'une structure de groupe et d'une topologie telles que la loi interne


Question
Existe-t-il deux groupes topologiques qui sont isomorphes comme groupes et homéomorphes comme espaces topologiques mais qui ne sont pas isomorphes comme groupes topologiques ?
Voici la réponse avec l'exemple de JLT.
Réponse
Oui. Preuve en trois étapes :
- Soient G et H des parties denses de
et
une bijection monotone. Alors f est un homéomorphisme.
On peut supposer f croissante. Nous allons montrer sa continité. Soient
et
.
Puisque H est dense dans
on a
. Donc il existe
De même il existe![y_1\in H\cap\,]f(x_0)-\epsilon,f(x_0)[\,.](http://www.mathoman.com/CACHE/tex_376f1c93cf07e957b1f90079791a921b.png)
A cause de la surjectivité de f on peut écrire
avec
. On pose
. Alors pour tout x dans G
ce qui montre que f est continue en
. La preuve de la continuité de la réciproque
est la même.
- Soient G et H des parties denses et dénombrables de
. Alors elles sont homéomorphes.
D'abord nous écrivons
Maintenant nous allons énumérer G et H d'une autre manière,
et
Le but est de faire de sorte que
est une bijection monotone (et donc automatiquement un homéomorphisme). On procède comme suit.
- k=0. On prend

- k=1. On prend
. Pour le choix de
regardons l'ordre de
et de
.
Si
alors on prend comme
un élément de H inférieur à
.
Si
alors on prend comme
un élément de H supérieur à
.
- k=2. On prend comme
le premier élément de
de la liste (**).
Pour choisir
regardons l'ordre de
.
Si
est inférieur à
et
on prend comme
un élément de G inférieur à
et
.
Si
est supérieur à
et
on prend comme
un élément de G supérieur à
et
.
Si
est entre
et
on prend comme
un élément de G entre
et
.
- k=3. On prend comme
le premier élément de
de la liste (*).
Pour le choix de
regardons l'ordre de
. Il y a 24 possible manières de ranger ces quatre nombres.
Si
on prend comme
un élément de H inférieur à 
Si
on prend comme
un élément de H entre
et
.
Et ainsi de suite.
- k=0. On prend
- Les groupes topologiques
et
répondent au problème.
D'après ce qu'on vient de voir, G et H sont homéomorphes comme espaces topologiques. Evidemment ils sont isomorphes comme groupes. Mais ils ne sont pas isomorphes comme groupes topologiques. En effet, supposons qu'il existe un isomorphisme de groupes topologiques
. Par un récurrence facile f(n)=nf(1) pour tout entier n, et puis f(r)=rf(1) pour tout rationel r. Alors par continuité
impossible dans
.
Multiplicateurs de Lagrange
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En économie, physique, ingénierie, on enseigne la méthode des multiplicateurs de Lagrange : Si P est un extrémum d'une fonction f de n variables x1, ... ,xn sous m contraintes données par g1(x1,...,xn)=0, ... , gm(x1,...,xn)=0, alors il existe des réels λ1, ... ,λm tels que
Généralement, lorsqu'on enseigne ce théorème à des non-matheux, il est préférable de ne pas faire la démonstration en toute généralité. D'habitude je me contente d'expliquer deux cas particuliers où on "voit" géométriquement ce qui se passe :
- n=3 et m=1. Grâce à la règle de dérivation d'une fonction composée, on montre que les gradients de f et g en P sont orthogonaux au plan tangent à la surface décrite par g(x,y,z) = 0. Donc ces gradients sont colinéaires.
- n=3 et m=2. De même, on montre que les gradients de f, g1 et g2 en P sont orthogonaux à la tangente à la courbe décrite par g1(x,y,z) = g2(x,y,z) = 0. Ils sont donc coplanaires.
Concernant une application de ce théorème j'ai une question à laquelle vous savez peut-être répondre.
Y a t-il un exemple élémentaire mais non trivial? L'exemple classique de minimisation de coût lorsqu'on construit une boîte rectangulaire dont le volume est fixé et dont le couvercle coûte, au cm2, le double des autres côtés n'est pas vraiment intéressant; en effet, on peut isoler l'une des variables dans l'équation de la contrainte et se ramener à une fonction de deux variables indépendantes.
Les mystères du cerveau : les mathémagiciens
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Je suis mathématicien et je sais calculer, presque toujours correctement mais pas brillamment. Les génies en calcul mental m'ont toujours impressionné. A l'école, quand j'avais douze ans, j'avais un ami qui calculait plus vite (et plus juste) que notre prof ; par exemple il trouvait très rapidement si un grand nombre (plus grand qu'un milliard) était divisible par 7 ou non. Je le trouvais toujours très intelligent ; il n'est pas devenu mathématicien mais médecin.
Le travail d'un mathématicien-chercheur est de raisonner, le calcul n'est qu'un outil pour arriver à ses fins. Mais quelques s'intéressent aussi au calcul mental et s'y perfectionnent. Par exemple l'américain Arthur Benjamin du Harvey Mudd College en Californie. Voici une belle vidéo de sa prestation :
L'allemand Rüdiger Gamm joue dans un autre registre . Il n'est pas mathématicien (n'a pas fait de bac) et ne semble pas s'intéresser au raisonnements mais uniquement aux calculs. Selon les chercheurs ses compétences étonnantes ne relèvent pas seulement du calcul en temps réel mais de la mémorisation d'une immense banque de données. La manière dont il stocke ces données et comment il y accède si rapidement est un secret que lui-même ne se pas vraiment expliquer. Dans la vidéo ci-dessus il donne la première centaine des chiffres de l'écriture décimale de la fraction 62/167. Après un temps de recherche silencieux il se lance dans la récitation des chiffres, et c'est plus rapide que je ne pourrais les lire...
A chacun son cerveau. Celui des chimpanzés réserve également des surpises. Des primatologues ont trouvé qu'ils sont capables des mémoriser la localisation de chiffres affichés seulement pendant une fraction de seconde à l'écran d'un ordinateur ; ensuite ils les touchent dans l'ordre croissant. Essayez de faire aussi vite qu'eux dans cette vidéo !
Probablement ces sont des capacités que nos ancêtres avaient également lorsqu'ils cherchaient des fruits sur des arbres, en passant par une liane. Or aujourd'hui homo sapiens n'en a plus besoin, donc le gène correspondant s'est perdu chez nous au fil de l'évolution.
A la casse
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Comme l'espérance semble à la mode aujourd'hui, voici un autre problème de proba.
On dispose d'une infinité de bâtons de longueur un mètre. On prend le premier, on le casse en deux pièces, le point de cassure étant au hasard
. On choisit au hasard
l'une des deux pièces, on la garde et on jette l'autre. Puis on fait la même chose avec le deuxième bâton, puis le troisième, etc. En moyenne, combien de bâtons doit-on casser pour que les pièces gardées font une longueur cumulée d'au moins un mètre?
Ceci n'est pas pipé
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En probabilités on dit qu'un dé est pipé
si les chances de ses six faces ne sont pas les mêmes. Dans le cas habituel, celui d'un dé non-pipé (ou dé parfait), la probabilité pour chaque face est 1/6 et on parle de variable aléatoire équirépartie
.
Si on lance deux dés habituels et si on prend la somme des deux résultats on obtient un nombre entre 2 et 12. Ce qui étonne alors souvent le débutant c'est que la probabilité de cette somme n'est pas équirépartie ; par exemple, obtenir un 11 est moins probable qu'obtenir un 10. La raison pour cela est qu'on retrouve le 10 avec (4,6) ou (6,4) ou (5,5) tandis que pour le 11 on a seulement les deux possibilités (5,6) ou (6,5).
Question (existence d'un jeu de deux dés pipés) :
Peut-on piper un couple de dés de sorte que le jeu qui consiste à prendre la somme des deux dés lancés donne une loi aléatoire équirépartie ?
Trouver le contour du tore
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Hier soir j'étais chez mon ami artiste-développeur Eric Wenger. Il m'a présenté la nouvelle version de l'un des logiciels dont il est le créateur. Il s'agit d'ArtMatic Voyager avec lequel on peut créer des paysages infinis avec plantes, et beaucoup d'autres choses sans utiliser de bases de données préfabriquées...
Les projections des objets en trois dimensions sur un plan font donc partie du quotidien d'Eric. Voici un bel exercice de géométrie dans l'espace:
Décrire analytiquement le contour d'un tore de rayons r et R en fonction de l'angleentre le plan du tore et la droite entre le centre du tore et l'oeil.
Le contour possède une seule partie connexe lorsque
est petit. Lorsque
augmente une deuxième partie connexe apparaît à l'intérieur; elle est d'abord singulière, puis lisse. Mais qu'est-ce que ça donne analytiquement? Des ellipses?
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Différentes positions d'un tore dans l'espace |
Une très belle série de films sur les maths
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Étienne Ghys, Jos Leys et Aurélien Alvarez ont réalisé une très belle série de films en images de synthèse sur les mathématiques. Chaque vidéo est un récit scénarisé d'un mathématicien qui raconte ses découvertes d'une manière très compréhensible. C'est bien écrit et les visualisations correspondent exactement au texte ; on prend le temps d'expliquer ce type de maths sans beaucoup de formules.
Le niveau recquis des différents épisodes est très divers.
Aux lycéens en terminale S je recommande l'épisode 5 qui explique de manière simple ce que c'est un nombre complexe.
En revanche, les épisodes 7 et 8 qui parlent, entre autres, de la fibration de Hopf, vont plutôt profiter aux initiés en topologie en basses dimensions.



