Une très belle série de films sur les maths
Par Mathoman, mardi 13 janvier 2009 à 19:53 - Apprendre les maths - Tags
Étienne Ghys, Jos Leys et Aurélien Alvarez ont réalisé une très belle série de films en images de synthèse sur les mathématiques. Chaque vidéo est un récit scénarisé d'un mathématicien qui raconte ses découvertes d'une manière très compréhensible. C'est bien écrit et les visualisations correspondent exactement au texte ; on prend le temps d'expliquer ce type de maths sans beaucoup de formules.
Le niveau recquis des différents épisodes est très divers.
Aux lycéens en terminale S je recommande l'épisode 5 qui explique de manière simple ce que c'est un nombre complexe.
En revanche, les épisodes 7 et 8 qui parlent, entre autres, de la fibration de Hopf, vont plutôt profiter aux initiés en topologie en basses dimensions.
Pourquoi ne pas lire aussi :
Question autour d'une singularité essentielle et le théorème de Picard
Par Mathoman - Tags
A la fin de mon article Hyperelliptic action integral, Annales de l'institut Fourier 49(1), p. 303–331, j'ose la conjecture suivante:
Une conjecture autour d'une singularité.
Soit D le disque unité du plan complexe etun recouvrement du disque épointé D*= D\{0} par des ouverts. Sur chaque ouvert
soit
une fonction holomorphe injective telle que
sur toutes les intersections
. Alors ces différentielles se recollent en une 1-forme méromorphe sur D.
Il est clair que la 1-forme est holomorphe sur D*. Si son résidu est nul, alors la conjecture découle facilement du grand théorème de Picard, cité ci-dessous. Mais si le résidu est non-nul, je ne sais pas la démontrer.
Toute preuve ou tout contre-exemple sont les bienvenus à vrai dire les contre-exemples un peu moins car je crois (guidé par mon intuition géométrique des surfaces de Riemann) que cette conjecture est vraie...
En 1880 Charles Emile Picard (1856-1941) prouva le théorème suivant.
Grand théorème de Picard.
Une fonction holomorphe ayant une singularité essentielle prend, sur tout voisinage de cette singularité, tout nombre complexe une infinité de fois comme valeur, sauf peut-être un.
Exemple typique pour le théorème de Picard
La fonction définie par
est holomorphe sur
et possède une singularité essentielle en
. L'image de f épargne-t-il une valeur (Picard dit "sauf peut-être un")? Oui, et comme
pour tout
, cette valeur épargnée est forcément zéro; le théorème affirme alors que pour tout nombre complexe
et pour tout
il existe une infinité de nombres complexes
tels que
et
.Calcul direct avec cet exemple
Dans l'exemple ci-dessus on peut se debrouiller par un calcul direct sans invoquer le théorème de Picard. En effet, fixons un nombre complexe non-nul
et un
Il existe alors deux réels
et
tels que
Pour tout
posons
et
Alors
.Ainsi on a on a

Par conséquence, en prenant
assez grand, on voit que
possède une infinité d'antécédents dans le disque épointé
.Un exemple moins évident
Notons P l'ensemble des nombres premiers et considérons la fonction définie par
.On peut appliquer le théorème de Picard, car il y a une singularité essentielle à l'origine.
En revanche, il me semble impossible de faire un calcul explicite...
Humour mathématique
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Que répond une mathématicienne venant d'accoucher à qui l'on demande "Avez-vous eu un garçon ou une fille ?"
"Oui."
Logarithme et exponentielle sont au restaurant. Qui paie l'addition ?
C'est exponentielle, car logarithme népérien...
Quel est le comble du mathématicien ?
C'est de se faire piquer sa moitié par un tiers dans un car.
Combien de fois peut-on soustraire 5 de 23 et combien reste-t-il ?
Autant de fois que l'on veut et il reste 18 à chaque fois.
Qu'est-ce qu'un ours polaire ?
Un ours cartésien après un changement de coordonnées.
Qu'est-ce qui est jaune, normé et complet ?
Un espace de Bananach.
Pourquoi la vie est-elle complexe ?
Elle a des composantes réelles et imaginaires.
Qu'obtient-on en croisant un éléphant et une banane ?
|elephant| |banane| sin(theta)
Qu'est-ce qu'un homme complexe dit à une femme réelle ?
"Viens danser !"
What's purple and commutes ?
An abelian grape.
What's yellow and equivalent to the Axiom of Choice.
Zorn's Lemon.
Théorème : Tout entier positif est intéressant.
Preuve : Supposons le contraire. Alors l'ensemble des entiers positifs non-intéressants est non-vide. D'après l'axiome du bon ordre il possède un plus petit élément. Alors cet élément est drôlement intéressant contradiction !
Avis de recherche
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Un espace vectoriel de dimension finie sur un corps non-dénombrable n'est pas réunion dénombrable de sous-espaces vectoriels stricts.
Preuves dans les cas réel ou complexe acceptées (et même souhaitées !).
Dimension du commutant d'une matrice
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Après le grand succès de son dernier avis de recherche en algèbre linéaire mon collègue mathématicien Laurent Kaczmarek nous propose un nouvel exercice sympa sur les matrices.
Soit A une matrice carrée d'ordre n. Montrer que son commutant (le sous-espace vectoriel des matrices qui commutent avec A) est de dimension supérieure ou égale à n.
Etudes dans les cas réel ou complexe acceptées (et même souhaitées !).
WolframAlpha : Recherche de mots et de maths à la fois
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Le mathématicien Steven Wolfram, l'inventeur et créateur du logiciel Mathematica, vient de lancer son nouveau moteur de recherche WolframAlpha. Cet outil en ligne pratique et amusant pour nous mathématiciens (et autres) est bien plus qu'une simple calculatrice.
Par exemple, on peut tracer en ligne des courbes comme celle de
On peut entrer des combinaisons de mots et d'expressions mathématiques, comme par exemple
integral log(sin(x))ce qui donne une primitive de la fonction ainsi que des graphiques à variable complexe, etc. On peut également faire une recherche avec des mots seuls comme
Weierstrass function
En somme, un nouveau site que je viens déjà de mettre dans mes favoris et que je ne tarderai pas à explorer !
Déterminant de sous-matrices
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Voici un petit exercice d'algèbre linéaire :
Soit A une matrice symétrique n×n à coefficients entiers et de déterminant nul. On note Aj la matrice (n-1)×(n-1) obtenue à partir de A en supprimant la j-ième ligne et la j-ième colonne. Soient i,j dans {1,...,n}. Le nombre det(AiAj) est-il un nombre carré?
Somme de certains déterminants
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A chaque nombre naturel avec n2 chiffres on peut associer le déterminant de la matrice nxn où on écrit ces chiffres ligne par ligne. Par exemple, si n=2 nous associons au nombre 2011 le déterminant

Exercice : Trouver, en fonction de n, la somme de tous les déterminants associés aux nombres entiers positifs à n2 chiffres. (Le premier chiffre est supposé non-nul par exemple pour n=2 il y a 9000 déterminants qui interviennent.)
Fibres d'une application complexe
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Hier Pierre Lecomte a posé dans son blog un exercice sur des angles et la cotangente qui m'a inspiré la généralisation complexe suivante.
Notons

Question:
Déterminer les fibres de l'application
définie par

Réponse:
Soit H est l'hyperplan de C3 d'équation u+v+w=1 et
Dk, k=1,2,3, les droites

Notons D'1=D1\{(1,0,0)}, D'2=D2\{(0,1,0)}, D'3=D3\{(0,0,1)} les droites épointées. Alors l'image de f est

est discrète. Plus précisément, la restriction de f à
est un revêtement au-dessus
.
Preuve:
D'abord nous remarquons que la formule d'addition

peut s’écrire aussi comme
Cela signifie que pour tout
on a

Soit maintenant
.
- Premier cas:
Alors
et par conséquence
et on a
. - Second cas:
Supposons par l'absurde que la première coordonnée de
est égale à 1. Ainsi
et
. Alors
Par conséquence
, c'est-à-dire
. C'est une contradiction, car la cotangente est une application de
sur 

Montrons maintenant que la restriction de f réalise un revêtement au-dessus
Notons arccot la fonction réciproque de la cotangente. C'est une fonction analytique multivaluée
sur
, primitive de s=-dz/(1+z2). On remarque que le résidu de s en i (resp. -i) vaut i/2 (resp. -i/2). Donc un petit tour dans le sens positif autour de +i (resp. -i) ajoute
(resp.
) à la détermination de arccot.
Soit (u,v,w) dans H tels que u>0, v>0 et w>0. En résolvant l'équation
on trouve:

Pour voir cela il suffit de vérifier que les valeurs des racines évitent les points ±i où arccot n'est pas défini. Supposons par l'absurde que (vw/u)½=±i. Alors vw/u=-1. Avec l'égalité u+v+w=1 cela implique v=1 ou w=1. Donc (u,v,w)=(0,1,0) ou (0,0,1), points qui ne sont pas dans
Le prolongement analytique est donc possible, on obtient bien un revêtement, ce qui termine la preuve.
Si u fait un petit tour autour de 0 alors la détermination de la racine change de + en -. Vu que pour tout réel x on a
on obtient alors l'autre solution

Regardons le cas particulier où on prolonge (*) d'un point (u,v,w) dans H avec u>0, v>0, w>0 vers un point (u',v',w') dans H avec u'<0, v'<0, w'>0. Essentiellement il y a à choisir entre deux types de chemins:
- Dans le plan de la variable u on fait un petit demi-tour (sens positif) autour de l'origine et dans le plan des v on fait la même chose. (Le point w reste proche de 1.) Le prolongement de (*) le long de ce chemin aboutit à
(I)

- La variable u fait un petit demi-tour autour de l'origine et v fait la même chose mais dans le sens opposé. Le prolongement de (*) le long de ce chemin aboutit à
(II)

alors la formule (II) donne un triplet de somme 
Quelques paradoxes amusants
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0 + 0 + 0 = 0, n’est-ce pas ? Et pourtant : 0 + 0 + 0, c’est trois fois rien. Et trois fois rien, c’est déjà un petit quelque chose...
Plus il y a de gruyère, plus il y a de trous. Et plus il y a de trous, moins il y a de gruyère.
Donc : plus il y a de gruyère, moins il y a de gruyère !
en moins de 17 mots en français ?
Soit N le plus petit nombre ne pouvant pas être défini en moins de 17 mots en français.
Le plus petit nombre ne pouvant pas être défini en moins de dix-sept mots en français
est une
expression correcte en français comportant 16 mots. Et N peut être défini par cette phrase, ce
qui est contradictoire. Un tel entier N n’existe donc pas.
Pour finir, une petite devinette pour mes chers lecteurs (laissez vos réponses) :
mieux que du bon sexe et
ceux qui l'ont à manger en meurent ?
Multiples et diviseurs
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Dans ce qui suit tous les nombres sont des nombres naturels : 0, 1, 2, 3, 4, ...
Multiples
Définition. Les multiples d'un nombre n sont les nombres 0, n, 2n, 3n, 4n, ...
Exemples :
- Les multiples de 2 sont 0, 2, 4, 6, 8, ...
- Les multiples de 3 sont 0, 3, 6, 9, 12, ...
- Les multiples de 4 sont 0, 4, 8, 12, 16, ...
On appelle les multiples de 2 aussi nombres pairs. Les non-multiples de 2 sont 1, 3, 5, 7, ... et sont appelés nombres impairs.
Notre définition donne les multiples en forme d'une liste. Mais qu'est-ce qui signifient vraiment les trois petits points dans la liste 0, n, 2n, 3n, 4n, ... ? En fait, on peut écrire les trois points car tout le monde comprend comment on doit continuer la liste : après 4n, il y a 5n, puis 6n, et de suite. Autrement dit, on a la règle suivante.
Règle 1. Un nombre m est un multiple de n si et seulement s'il existe un k tel que m = kn.
Par exemple, le nombre m=24 est multiple du nombre n=4 car 24=k×4 avec k=6.
Il est important que ce k soit aussi un nombre naturel, comme m et n. En effet, on n'a pas le droit de dire la phrase suivante : Le nombre 3 est multiple 4 car 3=k×4 avec k=¾.
Règle 2. Zéro est multiple de tout nombre. Tout nombre est multiple de soi-même.
Preuve : Soit n un nombre choisi. Le nombre 0 est le premier élément de la liste de multiples de n on l'obtient en prenant k=0. Et n est le deuxième élément dans cette liste on l'obtient en prenant k=1.
Cas particuliers :
- Les multiples de 1 sont 0, 1, 2, 3, 4, ..., c'est-à-dire, tout nombre est multiple de 1.
- Les multiples de 0 sont 0, 0, 0, 0, 0, ..., c'est-à-dire, zéro n'a que lui-même comme multiple.
Dans les exemples on voit que la liste des multiples de 4, à savoir 0, 4, 8, 12, ..., est contenue dans la liste des multiples de 2. Si on y réfléchit un peu ce n'est pas très étonnant et nous allons le formuler comme une règle général :
Règle 3. Si m est multiple de n et si n est multiple de p alors m est aussi multiple de p.
Preuve : Si m est multiple de n on peut l'écrire comme m = kn ; et si n est multiple de p on peut l'écrire comme n = k'p. Alors on a m = kn = kk'p ce qui prouve que m est multiple de p.
Exemples :
- 6 est multiple de 3, donc tout multiple de 6 est aussi multiple de 3.
La réciproque n'est pas vraie, par exemple, 9 est multiple de 3 mais pas de 6. - Tout multiple de 12 est aussi un multiple de 3 et de 4 et de 2.
C'est vrai car 12 est multiple de 3 et de 4 et de 2.
Diviseurs
Beaucoup d'affirmations que nous disons dans notre langage de tous les jours, dépendent de notre point de vu. Par exemple, les deux phrases
signifient la même chose, mais de points de vue différents. C'est cette diversité qui donne de la richesse à notre langue ! En mathématiques aussi il y a des manières différentes pour exprimer une même chose ; c'est utile, pas pour une question de style, mais car en maths le changement du point de vue est souvent un outil très puissant (voir un exemple dans cet article).Zoé est la fille d'AlexandreetAlexandre est le père de Zoé
Définition. Si m est un multiple de n on dit aussi que m est divisible par n ou que n divise m ou que n est un diviseur de m.
Autrement dit, n divise m si et seulement s'il existe k entier tel que m = kn.
L'équation m = kn équivaut à k = m/n. Ainsi n divise m si et seulement si la fraction m/n est un entier (si n est non-nul).
Notation. Pour dire n divise m on écrit souvent n | m.
Exemples
- 5 | 15.
On dit5 divise 15
ou5 est un diviseur de 15
ou15 est divisible par 5
ou15 est un multiple de 5
. - 3 | 15.
Les affirmations suivantes se déduisent directement de ce que nous avons déjà compris sur les multiples.
- Tout nombre divise 0 car 0 est multiple de tout nombre.
En écriture mathématique, n|0 car 0 = 0 × n. - Tout nombre divise soi-même car tout nombre est multiple de soi-même.
Ou encore, n|n car n = 1 × n. - 1 divise tout nombre car tout nombre est multiple de 1.
Ou encore, 1|n car n = n × 1.
Règle 4. Si p|n et si n|m alors p|m. Par exemple, 15|30 et 30|3000 donc 15|3000.
Preuve : C'est une traduction directe de la règle 3.
Question : Qu'est-ce qui est plus grand, multiple ou diviseur ?
Réponse : Mise à part le multiple 0, les multiples d'un nombre sont plus grands que ses diviseurs.
Par exemple, les multiples non-nuls de 12 sont 12, 24, 36, .... Les diviseurs de 12 sont 1, 2, 3, 4, 6, 12.
Question : Qui sont plus nombreux, les multiples d'un nombre donné ou ses diviseurs ?
Réponse : Un nombre non-nul possède une infinité des multiples mais seulement un nombre fini de diviseurs.
En effet, pour n non-nul, la liste des multiples de n est 0, n, 2n, 3n, ... C'est une liste infinie avec des nombres de plus en plus grands. En revanche, le plus grand diviseur de n est n lui-même, donc n possède un nombre fini de diviseurs qui se trouvent parmi les nombres 1, 2, 3, ..., n.
Trouver tous les diviseurs d'un nombre donnée n'est pas facile si ce nombre est grand. Donc il est pratique de disposer de quelques critères de divisibiltés. Ca sera l'objet du prochain billet. Finissons ce billet avec un énoncé simple et sa preuve. Ca sera l'occasion de voir le formalisme des multiples en action.
Théorème. Un nombre entier est pair si et seulement si son carré est pair.
Preuve du théorème. Fixons un nombre entier n au hasard et prouvons le théorème pour ce nombre. (Le mathématicien dit pour cela soit n un entier
.) Alors il y a deux cas possibles : soit n est pair, soit n est impair.
Supposons d'abord que n est pair. Alors il existe un entier k tel que n=2k. Ainsi
n2=4k2 ce qui prouve que n2 est un multiple de 4, et donc en particulier un nombre pair. On vient de prouver que si un nombre est pair alors son carré aussi.
Supposons maintenant que n est impair. Alors il existe un entier k tel que n=2k+1. Donc n2=(2k+1)2=4k2+4k+1, et comme les deux premiers termes de cette somme sont pairs on en déduit que n2 est impair. On vient de prouver que si un nombre est impair alors son carré aussi.
Or un nombre entier est soit pair soit impair ; donc en fait on a prouvé lé théorème.
Remarque. Le théorème peut aussi s'énoncer comme suit : un entier est impair si et seulement si son carré est impair.
Exercices. Les quatre exercices suivants sont faciles. Il faut simplement imiter la démonstration du théorème.
- Montrer qu'un entier est multiple de 3 si et seulement si son carré l'est.
- Montrer qu'un entier est pair si et seulement si son cube l'est.
- Est-il vrai qu'un entier est multiple de 4 si et seulement si son carré l'est ?
- Est-il vrai qu'un entier est multiple de 3 si et seulement si son cube l'est ?


un recouvrement du disque épointé D*= D\{0} par des ouverts. Sur chaque ouvert
soit
une fonction holomorphe injective telle que
sur toutes les intersections
. Alors ces différentielles se recollent en une 1-forme méromorphe sur D.