Math 'O Man : le Blog des Maths

Points colorés dans l'espace




La question suivante est certainement dans le goût de certains lecteurs du blog, un typique petit problème sur lequel nous matheux aimons perdre notre temps...

Tout point de l'espace (trois dimensions) est coloré avec une de cinq couleurs, et toutes ces cinq couleurs interviennent. Montrer qu'il existe un plan contenant au moins quatre couleurs.



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Commentaires


1. Le mardi 21 septembre 2010 à 00:41, par Mita

D'abord des notations:
Les 5 couleurs sont désignés par 1, 2, 3, 4 et 5.
Pour tout point M de l'espace E, on note c(M) la couleur de M.
Pour toute partie A de l'espace E, on note Ai l'ensemble des points de A de couleur i.
Ainsi, pour tout i, Ei est non vide (toutes les couleurs interviennent)


Ensuite, je raisonne par l'absurde:
Supposons que tout pour plan P de l'espace E, card{i/Pi non vide}<4.

Fixons deux points M1 et M2 tels que c(M1)=1 et c(M2)=2.
Ces deux étant distincts, puisque de couleurs différentes, permettent de définir une droite
D.
Comme les points de la droite D sont colorés avec au plus 3 couleurs (sinon, pour tout plan passant par D, les points sont colorés avec au moins 4 couleurs!)
il existe un point M hors de D tel que c(M3)=3.
Considerons alors le plan P passant par ces trois points M1, M2 et M3.
Dans ce plan, il n'y a que ces trois couleurs 1, 2 et 3.
Donc, fixons un point M4 tel que c(M4)=4
Les 4 points M1, M2, M3 et M4 ne sont pas coplanaires, donc forment un trièdre qui permet de définir tout l'espace E.
Soit M5 un point de l'espace tel que c(M5)=5.
Considérons la droite joignant M1 et M5.
Elle coupe le plan passant par M2, M3 et M4 en un point N
Or pour ce plan, on n'a que des points de couleur 2, 3 ou 4.
Supposons c(N)=2
Soit alors le plan P' passant par le point M3 et par la droite joignat M1, M5 et N.
Pour ce plan P', on a donc au moins 4 couleurs 1, 2, 3 et 5.
Contradiction!
D'où:
Il existe au moins un plan pour lequel card{i/Pi non vide}>3 (au moins 4 couleurs)


Voilà!
Il se peut qu'il y ait des maldresses au niveau de la rédaction!
Mais le raisonnement est correcte!
J'essaierai de revoir ma copie et je me permettrai de proposer ce problème avec la solution sur mon blog perso recreation-hmp.blogspot.c...





2. Le mardi 21 septembre 2010 à 09:21, par Farid Mita

La solution peut être présentée plus simplement, comme suit:

Soient M1, M2, M3, M4 et M5, cinq points de l'espace E, chacune de couleur différente.
Si M1, M2, M3 et M4 sont coplanaires, alors c'est terminé.
Sinon, on considère P un plan passant par les trois points M2, M3 et M4.
Soit N l'intersection de ce plan avec la droite passanr par M1 et M5.
Si N est coloré comme M1 ou M5, alors le plan P contient au moins quatre points de couleurs différentes.
Sinon, le point N est coloré comme M2, ou M3 ou bien M4.
Supposons que N et M2 soient de la même couleur.
Alors le plan contenant la droite (M1M5) et passant par le point M3 passe également par le point N, donc contient au moins quatre points de couleurs différentes. cqfd.

C'est plus simple que le raisonnement par l'absurde!
Merci..


3. Le mardi 21 septembre 2010 à 09:24, par JLT

Il y a une erreur dans le message de Mita car il n'a pas été prouvé que la droite (M1 M5) coupe le plan (M2 M3 M4). Voici ma preuve (qui est bien sûr analogue):

On suppose par l'absurde que tout plan contient au plus 3 couleurs.

D'abord, toute droite contient au plus 2 couleurs, car si elle contenait 3 couleurs, un plan contenant cette droite et un point d'une quatrième couleur contiendrait 4 couleurs.

Ensuite, si A, B, C, D, E ont des couleurs différentes, alors trois de ces points ne sont pas coplanaires colinéaires (NDLR) d'après ce qui précède. De plus, le plan (ABC) et la droite (DE) ne peuvent pas se couper, sinon un point d'intersection M devrait avoir à la fois la même couleur que l'un des points D et E, et la même couleur que l'un des points A,B,C.

On a ainsi montré que (DE) est parallèle à (ABC).

Considérons le parallélépipède dont A,B,C,D sont des sommets. Notons A',B',C',D' les sommets opposés. Alors E se trouve sur le plan contenant A', B', C' et D. De même, il est sur le plan contenant A', B', D' et C, donc il est sur la droite (A'B'). De même, il est sur la droite (B'C') ainsi que sur la droite (C'A'). Or, l'intersection de ces trois droites est vide. Contradiction.


4. Le mardi 21 septembre 2010 à 10:08, par Farid Mita

Quand même, j'ai omis le fait que la droite (M1M5) pouvait être strictement parallèle au plan passant par M2, M3 et M4 !!!
Mais dans ce cas, on change de droite et de plan; on considère la droite (M2M5) et le plan passant par M1, M3 et M4. Ces deux derniers ne peuvent être parallèles, sinon:
vect(M1M2)=vec(M1M5)+vect(M5M2)
=a.vect(M2M3)+b.vect(M2M4)+c.vect(M1M3)+d.vect(M1M4)
=(c+a)vect(M1M3)+(d+b)vect(M1M4)-(a+b)vect(M1M2)
donc (1+a+b)vect(M1M2)=(c+a)vect(M1M3)+(d+b)vect(M1M4)
donc les quatre points M1, M2, M3 et M4 seraient coplanaires! Ce qui n'est pas le cas à ce niveau de démonstration!

(ce n'est qu'après avoir terminé la rédaction de ces mêmes lignes que j'ai remarqué le commentaire de JLT )


5. Le mardi 21 septembre 2010 à 10:35, par MathOMan

Merci pour vos preuves ! Dans celle de JLT je viens de corriger ce qui me semble une petite erreur.


6. Le mardi 21 septembre 2010 à 18:55, par JLT

Effectivement il y avait une erreur.

Je me suis aussi rendu compte que j'étais imprécis à un autre endroit de mon message : je voulais dire "Considérons le parallélépipède dont [AB], [AC], [AD] sont des arêtes".


7. Le mardi 21 septembre 2010 à 19:53, par JLT

En fait il y a encore une erreur dans mon message. Voici le dernier paragraphe rectifié:

Considérons le parallélépipède dont [AB], [AC] et [AD] sont des arêtes. Notons A',B',C',D' les sommets opposés. Alors E se trouve sur le plan contenant A', B', C' et D. De même, il est sur le plan contenant A', B', D' et C et le plan contenant A', C', D' et B. L'intersection de ces trois plans est {A'}, donc E=A'. Comme la droite (AE) coupe le plan (BCD) (le point d'intersection est l'isobarycentre G de B,C,D), on obtient une contradiction car G doit avoir la même couleur que l'un des points A ou E, et aussi la même couleur que l'un des points B, C ou D.


8. Le mardi 21 septembre 2010 à 20:59, par Farid Mita

Effectivement, j'avais vu une erreur de JLT mais je n'ai pas osé la signaler sachant qu'il va lui même la rectifier.
Justment c'est l'isobarycentre qui permet d'aboutir à une contradction.

Je suis passé au degré inférieur, au cas plus simple du plan affine ( dim 2) avec 4 couleurs à utiliser pour colorer les points ( dans ce cas, on démontre qu'il y a une droite utilisant au moins 3 couleurs)
Pour aboutir à une contradiction, on est amené à travailler sur un parallélogramme ainsi que son centre. Chic!

Ceci dit, on peut généraliser ce résultat en énonçant:
"Soit E un espace affine de dimension n (n>=2).
Chaque point de E est coloré par l'une des n+2 couleurs.
On admet que toutes ces n+2 couleurs sont utilisées.
Alors, il existe un hyperplan contenant au moins n+1 couleurs."

Bien-sûr, dans les deux cas "concrets", on peut s'aider de nos facultés visuels.
Mais dans le cas général?!!
Cependant, on a une idée sur la piste qui doit mener à la contradiction en cas de raisonnement par l'absurde: parallélisme d'hyperplans et isobarycentre.
Il suffit de rédiger alors...

Bien le bonsoir à vous tous...


9. Le mardi 21 septembre 2010 à 22:10, par MathOMan

Voir aussi le blog de Farid Mita pour une question similaire.


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Pourquoi ne pas lire aussi :


Deux axes de symétrie radiale


Après quelques exercices plutôt abstraites, voici une belle question de géométrie dans l'espace.

On dit qu'un objet dans l'espace est invariant par rapport à un axe de rotation si toute rotation autour de cet axe transforme l'objet en lui-même. Par exemple un cylindre droit (ou un cône droit) est invariant par rapport à son axe central.
On dit que l'objet est convexe s'il contient avec deux points A et B aussi tout le segment [A,B]. Et on dit qu'il est borné s'il ne sétend pas infiniment, ou autrement dit s'il existe une boule (éventuellement très grande) le contenant.

Question :

Que pouvez-vous dire sur un objet convexe, borné et invariant par rapport à deux axes de rotation ?

Distance entière entre des points


Voilà, après une plutôt longue pause (exactement un mois) je suis de retour sur le blog et je commence doucement avec un petit exercice de géométrie plane ;-)

Soit D une droite dans le plan euclidien et n un entier positif. Montrer qu'il existe un point P0 en dehors de la droite D et des points P1,...,Pn sur D tels que la distance entre tous deux de ces n+1 points est un entier strictement positif.

Une ligne brisée dans le cube


Voici un exercice de géométrie dans l'espace qu'on m'a posé récemment: Soit L une ligne polygonale* sans point double, de longueur 300 et contenue dans le cube unité [0,1]3. Montrer qu'il existe un plan parallèle à un plan de coordonnées de R3 contenant au moins 101 points de L.

* Il s'agit de l'image L d'une application continue f de [0,1] dans R3 affine par morceaux sur une subdivision finie de [0,1]. Dire que L est sans point double signifie que f est injective. La notion de longueur est évidente.

Preuve que SO(3) est l'espace projectif à 3 dimensions


Ci-dessus la solution pour l'exercice sur le lien entre groupe de rotation et espace projectif.

Réponses aux questions


  1. \mathbb{B}^1 est l'intervalle fermé [-1,1] et son bord \mathbb{S}^0=\{-1,1\} est constitué des deux extrémités.\mathbb{B}^2 est un disque et son bord \mathbb{S}^1 est un cercle.\mathbb{B}^3 est une ``vraie'' boule et son bord \mathbb{S}^2 est une ``vraie'' sphère.
    \;

  2. Les deux applications suivantes sont bijectives car inverses l'une de l'autre.
    \;
    <br />\mathbb{B}^n\:\longrightarrow\:\mathbb{S}^n_+\;,\;\;\;(x_1,\ldots,x_n<br />)\:\mapsto\:\big(x_1,\ldots,x_n,\sqrt{1-x_1^2-\ldots-x_n^2}\:\big)\,,

    \mathbb{S}^n\:\longrightarrow\:\mathbb{B}^n\;,\;\;\;(x_1,\ldots,x_{n+1})\:\mapsto\:(x_1,\ldots,x_n)\,.<br />

    Illustration: si on projette l'hémisphère nord sur l'hyper-plan équatorial, on obtient la boule d'unité dans cet hyper-plan.

    Projection de l'hémisphère

    Notons que dans le graphique l'axe des abscisses représente l'espace \mathbb{R}^{n}\:. Il est instructif de comprendre ce dessin déjà pour les plus basses dimensions:


    • Si n=1 alors on est dans le plan euclidien \mathbb{R}^2. Le demi-cercle supérieur \mathbb{S}^1_+ (en rouge) se projette bijectivement sur le segment \mathbb{B}^1 (en bleu).
      \;

    • Si n=2 alors on est dans l'espace plan euclidien \mathbb{R}^3 et \mathbb{S}^2 est une ``vraie'' sphère dont le dessin montre une coupe. L'hémisphère nord \mathbb{S}^2_+ (en rouge) se projette bijectivement sur le disque \mathbb{B}^2 (en bleu).
      \;



  3. Chaque droite D\in\mathbb{P}^n coupe la sphère \mathbb{S}^n en deux antipodes: ~\frac{x}{||x||}~ et ~\frac{-x}{||x||}~x est arbitraire dans D\backslash\{0\}.
    Au moins un des deux points est dans l'hémisphère nord:

    La droite coupe la sphère en exactement deux points antipodes

    De cette observation on déduit que l'applicationf\;: \;\;\;\mathbb{S}^n_+\;\longrightarrow\;\mathbb{P}^n\:,\;\;\;x\;\mapsto~\mathbb{R}x\,,

    est surjective; en plus, elle est injective en dehors de l'équateur, et deux antipodes sur l'équateur sont envoyés sur une même image. Plus précisément

    \forall x,y\in\mathbb{S}^n_+\,:\;\big[\,x\neq y\,\text{ et }\,f(x)=f(y) \:\big]\;\Rightarrow \;<br />\big[\:x=-y\;\text{ et }\;x_{n+1}=y_{n+1}=0\:\big]\,.<br />

    Par conséquence \: \mathbb{P}^n\: est en bijection avec l'ensemble obtenu à partir de \: \mathbb{S}^n_+\: par identification des antipodes sur l'équateur. Or d'après la question précédente nous savons que \: \: \mathbb{S}^n_+ \:\simeq\: \mathbb{B}^n\: \: et l'équateur n'est rien d'autre que le bord \: \mathbb{S}^{n-1}\: de \: \mathbb{B}^n\: . Par conséquence \: \: \mathbb{P}^n \,\simeq\: \mathbb{B}^n/\!\sim\: .

    \,
  4. Le résultat précédent implique en particulier que \:\mathbb{P}^1 \,\simeq\, \mathbb{B}^1/\!\sim\:.
    Or \:\mathbb{B}^1=[-1,1] et par conséquence \:\mathbb{B}^1/\!\sim\: est simplement l'intervalle [-1,1] où on a recollé -1 et 1.
    Ainsi \:\mathbb{B}^1/\!\sim\: est en bijection avec le cercle \,\mathbb{S}^1\,. Nous obtenons \mathbb{P}^1 \,\simeq\,\mathbb{S}^1. Illustration:

    Recoller un segment en un cercle

    D'autre part SO(2) est le groupe des rotations du plan euclidien orienté \mathbb{R}^2. Comme chaque rotation est déterminée de manière unique par son angle compris dans [0,2\pi[ il est évident que SO(2) est en bijection avec le cercle \mathbb{S}^1.
    Conclusion: SO(2)\simeq \mathbb{P}^1.
    \,

  5. Pour la suite voir le fichier pdf.

Question de codimension en algèbre linéaire


Je collectionne constamment des exercices de maths intéressants et accéssibles aux élèves niveau prépa ou licence. On en trouve beaucoup dans les livres, sur internet, sur les vieilles feuilles d'exercices de ses propres professeurs... et quelques fois en invente soi-même ! Voici une question intéressante qui m'est venue le week-end dernier. La solution que j'ai trouvée ne nécessite pas de grand théorème, il faut seulement bien maîtriser ses connaissances élémentaires en algèbre linéaire :
Quel est le plus grand entier k tel que tout sous-espace affine de codimension k dans l'espace des matrices n x n contient une matrice inversible ?
Rappel : la codimension d'un sous-espace est la différence entre la dimension de l'espace ambiant et la dimension du sous-espace. Autrement dit, c'est le nombre d'équations nécessaires pour décrire le sous-espace (car chaque équation enlève un degré de liberté). Par exemple, dans l'espace habituel à trois dimensions la codimension d'une droite est 2, celle d'un plan est 1.

UVSQ - 2011/2012


Sur cette page des remarques et documents destinés à mes étudiants à l'UVSQ.

Probabilités — L2 éco

  • Polycopié — Cours, exercices & corrigés avec liens interactifs (màj 12/04/2012)
  • Contrôle no.1 Sujet A — Enoncé et corrigé
  • Contrôle no.1 Sujet B — Enoncé et corrigé
  • Contrôle no.2 — Enoncé et corrigé
  • Partiel — Enoncé et corrigé.
    Barème : 5 points (ex.1), 3 × 1.5 points (ex.2), 3 × 1.5 points (ex.3), 2 × 1.5 points (ex.4), 4 points (ex.5).
    Donc au total 20 points + 1 "cadeau"
  • Partiel : Toute absence non-justifiée par un certificat médical donne lieu à la note 0.
    Note globale = (CC + note de partiel)/2 . La note globale doit être au moins 10 pour que la matière soit validée. En session 2, la note de CC intervient seulement si elle est supérieure à la note du partiel session 2.
    Les exercices du partiel seront similaires à ceux traités en TD et en cours:
    Chapitre 1: 1 à 6, 10
    Chapitre 2: 1 à 12, 15
    Chapitre 3: 1 à 11, 14
    Chapitre 4: 1 à 12
    Chapitre 5: 1 à 3, 5 à 7, 9, 12 à 14
    Chapitre 6: 1 à 30
  • Apparemment certains étudiants parmi vous aiment le travail avec les nombres et ont de bonnes notes en maths. Je leur recommande vivement d'envisager le master d'ingéniérie de la statistique à la faculté des Sciences.

Préparation Capes — exercices corrigés

Théorie des groupes — L2 chimie

SO(3) e(s)t l'espace projectif à 3 dimensions


Quelques fois on garde un souvenir très complet d'une démonstration mathématique, et ce souvenir inclût également des accessoires absurdes et inutiles comme par exemple le numéro de la page du livre où on l'a apprise ou la couleur de la chemise du professeur qui l'a expliquée...

Ci-dessous j'explique, en forme d'exercice corrigé, pourquoi le groupe SO(3) de rotations dans l'espace peut être identifié à l'espace projectif réel \mathbb{P}^3. Et je me rappelle que c'était un collègue d'études qui m'a raconté cette preuve par la méthode de hand waving sous le soleil d'été dans une piscine plein air à Bonn!

Un bel énoncé géométrie et topologie
Le but de l'exercice est de montrer que \;SO(2)\:\simeq\: \mathbb{P}^1\;\; et \;\;SO(3)\:\simeq\:\mathbb{P}^3\,.

Notations
Dans un premier temps — dont nous nous contentons ici — le symbole \:\simeq\: signifie simplement qu'il existe une bijection entre les ensembles concernés; c'est clairement une relation d'équivalence.
Comme d'habitude \mathbb{P}^n dénote l'espace projectif réel de dimension n, c'est-à-dire l'ensemble des droites vectorielles dans \mathbb{R}^{n+1}. Fixons aussi les notations pour trois sous-ensembles importants de \mathbb{R}^{n+1}\::
  • la boule \;\mathbb{B}^{n+1}=\{x\in\mathbb{R}^{n+1} \:|\: x_1^2+\cdots+x_{n+1}^2\leq1\}\,,
    \:
  • la sphère \;\mathbb{S}^{n}=\{x\in\mathbb{R}^{n+1} \:|\: x_1^2+\cdots+x_{n+1}^2=1\}\,,
    \:
  • l'hémisphère nord \;\mathbb{S}^{n}_+=\{x\in\mathbb{S}^{n} \:|\: x_{n+1}^2\geq0\}\,.
    \:
Le bord de la boule \mathbb{B}^{n+1} est la sphère \mathbb{S}^n. Chaque point x sur ce bord possède un antipode, à savoir le point —x.
Si on ``recolle'' \mathbb{B}^{n+1} par identification des antipodes sur son bord, alors on obtient un nouvel ensemble que nous notons \mathbb{B}^{n+1}/\!\sim\,. Ca, c'est du handwaving. De manière ensembliste on pourra écrire

\;\;\;\;\;\mathbb{B}^{n+1}/\!\sim~\;\,=\;\,\left(\mathbb{B}^{n+1}\backslash\mathbb{S}^n\right)\:\dot{\bigcup}\:<br />\big\{\{x,-x\}\,|\,x\in\mathbb{S}^n\big\}\,.<br />


Questions
  1. Expliquer par des mots de quelles formes sont la boule \mathbb{B}^n et son bord \mathbb{S}^{n-1} dans les cas n=1,2,3.
  2. Démontrer que \;\mathbb{S}^n_+ \:\simeq\: \mathbb{B}^n\,.
    \,
  3. Démontrer que \;\mathbb{B}^n/\!\sim~\;\simeq\:\mathbb{P}^n\,.
    \,
  4. Démontrer que \;SO(2)~\simeq~\mathbb{P}^1\,.
    \,
  5. Démontrer que \;SO(3)~\simeq~\mathbb{P}^3\,.
    \,
Cliquez pour lire la Solution.

Concevoir la notion d'application


Je me rappelle qu'au début de mes études de mathématiques, parfois une simple question de formalisme pouvait me poser des problèmes. Par exemple, j'avais du mal à jongler entre différents points de vue d'une notion a priori simple comme celle d'application. Voici quelques lignes qui pourraient sembler bêtes aux initiés, mais comme les livres expliquent rarement ce genre de choses en détail elles peuvent être utiles à ceux qui y sont confrontés pour la première fois — et notamment aux élèves et étudiants d'aujourd'hui qui, lors de leur parcours scolaire, ne rencontrent plus assez de théorie des ensembles.


Considérons une application (synonyme de fonction) d'un ensemble X dans un ensemble Y.

f\;:\; X \;\longrightarrow \;Y\,,\;\; x \; \longrightarrow\;f(x)\,.

(Désolé, la deuxième flèche devrait commencer par un pied mais mon plug-in LaTeX ne le permet pas.)

Si vous venez de passer le bac, vous avez déjà une notion intuitive de ce que c'est une application. Mais les mathématiciens possèdent plusieurs autres points de vue pour concevoir cet objet — et chacun a sa raison d'être.

  1. Point de vue y en fonction de x.
    C'est le point de vue habituellement enseigné au collège et au lycée. On conçoit x comme variable et y comme l'image qui change en fonction de x.
    Le schéma mental est le suivant.

    dessiner le graphe d'une fonction, comprendre les fonctions

    L'ensemble de départ X est représenté horizontalement, l'ensemble d'arrivée Y est représenté verticalement. La donnée de l'application f revient à la donnée de son graphe \Gamma \subset X\times Y constitué des couples (x,f(x)), où x parcourt X.
    En disant x parcourt X, on adopte donc bien l'idée que la variable est x.
     
  2. Point de vue collection d'éléments de Y.
    On peut aussi écrire l'application f en forme de famille (f(x))_{x\in X}. On oublie donc de spécifier l'ensemble d'arrivée Y.
    En général, une famille (y_j)_{j\in J} dans Y n'est rien d'autre qu'une application

    y\;:\; J \;\longrightarrow \;Y\,,\;\; j \; \longrightarrow\;y_j\,,

     
    où l'ensemble de départ J est appellé l'ensemble d'indices ; très souvent il n'a pas d'importance et peut être remplacé par un autre ensemble de même cardinal. Ce qui compte dans ce point de vue c'est simplement la collection des images de l'application.
    Dans certaines situations un bon choix de l'ensemble d'indices peut raccourcir les écritures. Par exemple, si (b_j)_{j\in J} est une base d'un K-espace vectoriel E, alors tout vecteur v de E se décompose comme combinaison linéaire

    v=\sum_{j\in J} \lambda_j\, b_j\:,

    (\lambda_j)_{j\in J} est une famille de scalaires presque tous nuls (c'est-à-dire l'application \lambda\;:\; J \;\longrightarrow \;K\, est nulle sauf en un nombre fini de points ; cela est nécessaire pour pouvoir prendre la somme). Mais si on conçoit la base non comme une famille de vecteurs mais comme un sous-ensemble B de l'espace E, alors on peut la prendre elle-même comme ensemble d'indices et écrire simplement

    v=\sum_{b\in B} \lambda_b\, b\:.


     
  3. Point de vue les fibres en fonction de y.
    Pour chaque y dans Y on appelle fibre de f en y (ou ensemble de niveau y) l'ensemble de tous les antécédents de y, noté
     
    f_y\;=\;f^{-1}(\{y\:\})\:=\:\{\:x\in X\; :\; f(x)=y\:\} \,.

     
    Connaître une application revient à connaître la collection de ses fibres. C'est donc y qu'on considére comme variable. On s'aide du schéma mental suivant.
     

    représenter une fonction graphiquement, comprendre une fonction


    L'espace de départ est projeté sur l'espace d'arrivée. L'application est injective (resp. surjective resp. bijective) si et seulement si chaque fibre possède au plus (resp. au moins resp. précisément) un élément.
     
Une conséquence naturelle du point de vue des fibres est la factorisation canonique, que nous allons expliquer ci-dessus et dont la quintessence se résume ainsi :
L'ensemble des fibres non-vides d'une application est une partition de l'ensemble de départ et a le même cardinal que l'image de l'application.

Factorisation canonique

Nous nous proposons de montrer que toute application est la composée d'une surjection, d'une bijection et d'une injection. Soit donc f une application de X vers Y. On considère son image

\tilde{Y} = f(X)\:\subset\:Y

et l'espace des fibres

\tilde{X} = \{\,f^{-1}(\{y\})\:|\: y\in \tilde{Y}\,\}\:\subset\:{\scr P}(X).

Ainsi l'espace des fibres est le quotient de X par la relation d'équivalence  ~  qui est définie par  x ~ x'  si et seulement si f(x) = f(x'). Il est clair que \tilde{X} et \tilde{Y} sont en bijection. Plus précisément il existe une surjection \pi, une bijection \tilde{f} et une injection j tel que le diagramme suivant commute.

Factorisation canonique d'une fonction, comment comprendre les applications

En effet, il suffit de prendre pour \pi la projection canonique sur le quotient X/~, c'est-à-dire l'application qui à chaque x dans X associe la fibre de f en f(x) ; puis pour j l'injection naturelle, et enfin pour \tilde{f} l'application qui envoie une fibre sur l'unique élément dans Y qui est son image par f. Il est alors évident que f est la composée

f= j\circ \tilde{f}\circ \pi.

Un avant-goût de la suite

Concevoir une application comme la collection de ses fibres est très fréquent en topologie, géométrie algébriques et théorie des singularités. On fait varier un point dans l'espace d'arrivée pour observer, dans l'espace de départ, la manière dont varie la fibre au-dessus de ce point. Un exemple très basique est l'application

f\;:\; \mathbb{R}^3 \;\longrightarrow \;\mathbb{R}\,,\;\; (x,y,z) \; \longrightarrow\;ax+by+cz\,,

 
a,b,c sont des réels fixés non tous nuls. La collection des fibres est constituée de plans parallèles. Il s'agit donc d'un feuilletage de l'espace \mathbb{R}^3 par plans (comme un feuilleté). Les fibres se ressemblent toutes ; on a même ce qu'on appelle une fibration globalement triviale.

Plus généralement, si f est une fonction différentiable et si on fait varier le point dans l'espace d'arrivée sans toucher les valeurs critiques, alors localement les fibres se ressemblent toutes (fibration localement triviale). En revanche, si on passe par une valeur critique alors la nature des fibres peut changer. Par exemple si on traverse la valeur critique 0 de l'application

g\;:\; \mathbb{R}^2 \;\longrightarrow \;\mathbb{R}\,,\;\; (x,y) \; \longrightarrow\;x^2+y^2\,,

dans le sens décroissant, alors la fibre est d'abord un cercle, puis dégénère en un point et, enfin, devient vide — une catastrophe a lieu au sens de la théorie des catastrophes de René Thom.

Tout ça devient plus intéressant dans le complexe. Les fibres de

g\;:\; \mathbb{C}^2 \;\longrightarrow \;\mathbb{C}\,,\;\; (x,y) \; \longrightarrow\;x^2+y^2\,,

sont des surfaces réelles (courbes complexes ou surfaces de Riemann). Et au lieu de traverser la valeur critique 0, on peut la contourner avec un petit lacet dans le plan complexe et observer la déformation de cette surface le long du lacet. Evidemment à la fin on retrouve la même surface qu'au début du lacet, mais lors du trajet certaines caractéristiques se sont déplacés continûment et ont échangés leurs places... (monodromie).

Devinettes amusantes de géométrie


Tout le monde connaît les petites devinettes qu'on se pose lors (ou à la place) d'un dessert après un déjeuner frugal au restaurant universitaire. Voici une jolie devinette géométrique :

Sans lever la main, relier tous les neuf points suivants par quatre lignes droites.

°             °             °



°             °             °



°             °             °



Ce n'est pas si évident. La solution à voir dans le vidéo ci-dessous montre que nos habitudes nous empêchent de dépasser certaines limites...


MathOMan relie 9 points avec 4 droites


Souriante la petite Bin prend sa revanche et me lance le défi géométrique suivant :

Sans lever le stylo, tracer un cercle et son centre (pas plus).

Voici la vidéo où elle montre sa solution rusée à ce petit problème très troublant pour un spécialiste de la connexité.


Bin trace une cercle et son centre

Mieux comprendre la topologie des matrices singulières


Mon billet récent sur la dimension maximale d'un sous-espace affine contenu dans l'ensemble des matrices non-inversibles m'a inspiré les réflexions suivantes, une sorte de version différentiable de ce résultat.

On note {\mathcal M}_n(\mathbb{R}) l'espace des matrices n x n à coefficients réels et GL(n,\mathbb{R}) le sous-ensemble des matrices inversibles. On sait que GL(n,\mathbb{R}) est un ouvert dans {\mathcal M}_n(\mathbb{R}). En effet c'est l'image réciproque de l'ouvert \mathbb{R}^* par l'application continue déterminant

\det\;:\;\; {\mathcal M}_n(\mathbb{R}) \;\rightarrow\;\mathbb{R}.

On peut même dire un peu plus : le déterminant étant polynômial en x_{11},x_{12},\dots,x_{nn} le complémentaire des matrices inversibles, c'est-à-dire l'ensemble des matrices de déterminant nul,

\mathcal{A}\; =\; {\mathcal M}_n(\mathbb{R}) \:\backslash\:GL(n,\mathbb{R})

est une hypersurface algébrique. Géométriquement parlé \mathcal{A} est un fermé de {\mathcal M}_n(\mathbb{R}) qui ressemble localement à un hyperplan (c'est-à-dire à un sous-espace affine de dimension -1). Enfin, cela est vrai en presque tous les points, ceux où la différentielle du déterminant ne s'annulle pas (points réguliers). En revanche, en les points où la différentielle du déterminant est nulle (points singuliers), l'hypersurface \mathcal{A} ne ressemble plus à un sous-espace affine. Il peut y avoir un croisement comme par exemple

algebraische Fläche, surface algébrique

ou un rétrécissement comme par exemple

Algebraische Flächen

(Pour plus d'images de surfaces algébriques visitez le la galerie de Herwig Hauser.)

Il est évident que la différentielle du déterminant est nulle à l'origine. Donc notre hypersurface {\mathcal A} possède une singularité à l'origine. Le résultat suivant dit qu'il s'agit d'une singularité de type rétrécissement, car l'hypersurface de dimension n²-1 y perd quelques dimensions — il y reste juste assez de place pour n²-n dimensions...

Proposition :

Le nombre -n est la plus grande dimension possible d'une sous-variété différentiable F de \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) telle que 0\in F\subset {\mathcal M}_n(\mathbb{R}) \backslash GL(n,\mathbb{R})\,.
Démonstration :
  • L'ensemble des matrices dont la première ligne est nulle est un sous-espace vectoriel (et donc en particulier une sous-variété différentielle) de dimension n²-n. Evidemment il contient l'origine 0 et est contenu dans \mathcal{A}.

  • Soit F une sous-variété de {\mathcal M}_n(K) de dimension -n+1 et telle que 0\in F. Nous allons prouver que F contient une matrice inversible.
    Au voisinage de l'origine la sous-variété F est décrite par un système de n-1 équations
    f_j(x_{11},x_{12},\ldots,x_{nn})=0\,,\;\;\;j=1,\,\ldots\,,n-1,
    tel que les différentielles df_j sont linéairement indépendantes à l'origine. On résoud ce système par le théorème des fonctions implicites, c'est-à-dire on peut isoler (théorétiquement) n-1 des coordonnées et les exprimer par les autres. On a ainsi, toujours au voisiange de l'origine, n²-n+1 coordonnées variables et n-1 coordonnées isolées (fonctions différentiables des coordonnées variables).
    Maintenant je peux poursuivre mon raisonnement de la preuve du cas affine : par des permutations de lignes et de colonnes je m'arrange à ce que les coordonnées isolées soient toutes au-dessus de la diagonale matricielle ; puis je prends les coordonnées sur la diagonale toutes égales à un nombre \epsilon non-nul et proche de 0 et les autres coordonnées variables égales à 0. Ainsi j'obtiens une matrice inversible qui est dans F.